Le 81e congrès du Parti socialiste s’inscrit dans un contexte d’une gravité sans précédent. La fin de l’ordre mondial bâti depuis 1945 laisse entrevoir le retour de la tentation autoritaire et le spectre de la guerre. Une internationale d’extrême droite se constitue autour d’un projet qui s’attaque à nos conquêtes sociales, aux services publics, à la démocratie et au droit international. Elle défend l’intérêt d’une minorité de très puissants contre celui des peuples. Les images et discours qui nous parviennent d’outre-Atlantique, le retour des saluts nazis, nous choquent. Ils ne doivent pas nous sidérer, mais renforcer notre détermination à porter nos valeurs.
Notre responsabilité est immense. Nous ne pouvons pas donner l’impression de regarder ailleurs ou de nous perdre dans des débats nombrilistes. Les Françaises et les Français, en plus de leurs difficultés quotidiennes à se loger, se chauffer, se déplacer, se soigner et même se nourrir, s’inquiètent de l’impasse politique où est plongé notre pays depuis la dissolution de l’Assemblée nationale. La France souffre d’être divisée, fracturée. Le récit de l’«archipel français» agit comme une prophétie autoréalisatrice qui est un carburant pour le Rassemblement national. Nous refusons de diviser la France en parts de marché électoral. Pour l’emporter, la gauche doit non seulement retrouver le peuple, mais aussi le réunir. Elle doit être combative : trop de ceux qui se décrivent en tout et pour tout comme «social-démocrate» ont oublié que cette méthode de gouvernement n’a rien à voir avec une gauche qui renoncerait à confronter radicalement l’ordre établi.
Nous sommes les seuls à pouvoir réveiller l’aspiration fraternelle qui sommeille dans la société française, et à réaliser ce qui la rendra possible : la liberté et l’égalité en ne transigeant jamais sur les valeurs républicaines, dont la laïcité. Notre congrès devra fixer les orientations d’un nouveau projet socialiste pour réparer notre pays : réindustrialisation, refonte de nos services publics, écologie populaire, égalité territoriale, justice fiscale, lutte contre le racisme et l’antisémitisme, revalorisation du travail, choc démocratique.
Depuis 2018, le redressement du Parti socialiste, dont tant prédisait la disparition, n’a pas été un long fleuve tranquille. Avec une nouvelle génération de militant·e·s et d’élu·e·s, Olivier Faure a redonné à notre formation politique une identité, une image et une combativité renouvelées. Nous nous sommes maintenus comme le premier groupe de gauche au Sénat. L’an passé, nous avons doublé le nombre de nos député·e·s à l’Assemblée nationale et au Parlement européen. Sur le mandat qui s’achève, nous avons relancé des travaux programmatiques en cohérence avec nos priorités : les classes populaires comme centralité de notre discours et de nos propositions, le féminisme comme révolution nécessaire et toujours inachevée, la sécurité qui ne saurait être laissée aux tenants d’un «ordre» injuste et précaire, l’Europe comme idéal de fraternité et outil de protection. Nous avons connu une nouvelle vague d’adhésions et un rajeunissement de notre parti sans précédent.
Nous avons retrouvé notre place au cœur de la gauche. Il faut maintenant aller plus loin, et retrouver celle qui était la nôtre dans le cœur des Français. Pour continuer ce chemin entamé, nous appelons à soutenir la candidature d’Olivier Faure pour sa réélection à la tête du Parti socialiste.
Ce congrès ne peut être une redite du congrès précédent. Depuis deux ans, toutes les orientations ont été adoptées à l’unanimité, qu’il s’agisse du programme européen, de la liste conduite par Raphaël Glucksmann, de la création du NFP ou de l’attitude à adopter face au gouvernement.
Nous devrons être prêts pour les élections municipales, incontournables alors que nous sommes la première force territoriale à gauche, et pour l’élection présidentielle, sans laquelle aucune transformation profonde n’est possible. Dès les prochaines semaines, nous engagerons le travail sur le projet, comme nous l’avions fait en 2021 avant le scrutin. Nous nous appuierons sur la démarche d’écoute des Français engagée depuis cinq mois et baptisée, «Notre France, parlons-en». Tout ceci nous permettra de construire une candidature socialiste crédible.
Conscients des impasses de la division, nous mènerons ce travail avec la perspective d’une candidature commune de toutes les forces de gauche et des écologistes qui refusent l’alignement sur le candidat annoncé de La France insoumise. Nous travaillerons avec nos partenaires à un processus pour aboutir à sa désignation et nous proposerons la création d’une plateforme commune capable de rassembler pour gagner. Elle devra être ouverte à la société civile, aux syndicats, aux associations, aux scientifiques et aux acteurs du monde culturel, sportif, agricole.
Faisons de ce congrès un congrès de préparation de l’avenir, de rassemblement tourné vers toutes celles qui veulent apporter leur énergie et des idées neuves, dans une France fatiguée par huit ans de macronisme. Nous serons ouverts à tous les débats, avec le plaisir de la joie et de la camaraderie retrouvées. Il est temps !
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